Les modèles :

Nous pouvons observer une autre opposition entre ces deux approches en nous aidant par les modèles de la communication (Mucchielli, 1997). Le modèle de la théorie de l'information de Shannon et Weaver postulant un processus linéaire du transfert d'un message d'un émetteur vers un récepteur (où le télégraphe représente sa métaphore par excellence) est associé à la conception du tuyau. Ces auteurs se centraient eux aussi principalement sur le contenu de l'information et sur son transfert, c'est-à-dire que la sémantique du message de départ doit subir le moins de transformations possibles lors de sa transmission et de sa réception. Ce que cette approche ne tient suffisamment pas en considération c'est l'aspect de la médiation.

Pour expliquer l'approche de la technologie intellectuelle, nous pouvons retenir l'exemple de l'Internet qui ne peut pas être considéré comme un simple moyen de transfert de l'information. Beaucoup d'autres dimensions interviennent. Chacun de nous, sur une même page web, fera un traitement de l'information de façon différente, en utilisant des stratégies de recherche d'information différentes ou encore nous pouvons imaginer que des variables peuvent faciliter ou empêcher cette recherche comme par exemple la taille de l'écran, la grandeur de la fenêtre du navigateur ou encore la grandeur du caractère ou encore le contraste entre l'écrit et l'arrière-fond, de même que les caractéristiques propres au sujet, son expérience et son vécu. Il y a aussi un côté relationnel, social. Le récepteur du signal peut être un individu ou une collectivité qui agit indépendamment des autres individus ou groupes parce qu'ils fonctionnent de façon autonome avec leurs règles de fonctionnement, par conséquent le traitement de ce signal sera différent. Cette approche a aussi des reflets dans les modèles de la communication ; alors qu'avant des modèles positivistes accompagnaient l'approche de la pédagogie du tuyau, dans cette deuxième approche se sont des modèles systémiques, comme par exemple le modèle sociométrique de Moreno qui analyse les affinités entre les individus, le modèle transactionnel des années '70 qui se centre sur la forme plutôt que sur contenu du signal, le modèle interactionniste et systémique de l'école de Palo Alto qui envisage la communication comme la participation d'un individu à un système d'interactions qui le relie aux autres ou encore le modèle de l'orchestre de Winkin où la communication est présentée comme une production collective d'un groupe qui travaille sous la direction d'un leader (Mucchielli, 1997).

Dans les modèles de la communication il y a aussi une troisième catégorie de modèles : les modèles constructivistes qui se préoccupent du " sens partagé " par les acteurs. Pour citer ces modèles, il y a le modèle de l'hypertexte où, selon Mucchielli (1997), la communication est envisagée comme un débat (un texte) " latent ", " caché ", qui a lieu entre des acteurs liés dans une structure sociale ; l'autre modèle est celui nommé situationnel : ce modèle considère la communication en termes de " processus ". Pour qu'un échange ait du sens, il faut que cet échange soit mis en relation avec le contexte dans lequel il se déroule.


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