PERAYA, D. (1995). "Vers une théorie des paratextes : Images mentales et images matérielles." in Recherches en communication, 4, p.119-155.

Cet article tente de répondre à la question : "qu'est-ce qu'un paratexte ?" Grâce à l'analyse sémio-pragmatique et à la psychologie cognitive, il définit les concepts d'icône (signe iconique), de symbole et de schéma qui lui permettront de dégager les caractéristiques fondamentales des paratextes. 

Le paratexte englobe l'ensemble des éléments d'un texte, qui ne sont pas des mots et des phrases. Ainsi, on y trouve photographies, schémas, sociogrammes, sémantogrammes, graphiques, tableaux, langage formulaire et verbal, etc. En général, on rassemble ces éléments sous le nom générique d'illustration. Cette première définition rend toute analyse ou même taxonomie impossible, tant les objets dont elle est composée, sont hétéroclites. Selon l'auteur, c'est parce que cette définition est trop globale. Il conviendrait de tenir compte, pour une bonne classification, de l'intentionnalité du discours. En effet les illustrations des manuels pédagogiques, par exemple, ne prétendent pas aux mêmes effets, ni au même publique que des illustrations à visée promotionnelle. 

En s'occupant dorénavant des seules illustrations pédagogiques, l'auteur tente d'articuler la sémiotique visuelle avec la théorie cognitive des représentations, ou en d'autres termes, du lien qui existe entre l'objet réel, l'objet perçu, l'objet imaginé et l'objet représenté. Tout objet dans la nature existe en tant que tel (objet réel). Puis, lorsqu'un être humain le regarde, l'objet est perçu, par l'intermédiaire des sens (stimuli) (objet perçu).Cet objet est ensuite interprété dans l'imaginaire de la personne (objet imaginé). Enfin, il est reproduit matériellement sous la forme d'un paratexte (objet représenté). Le processus comprend donc d'abord une phase de réception (par les sens), puis de transformation (par l'imaginaire) et enfin de restitution (ou de représentation). Dans cette perspective, il est possible de définir le signe iconique comme la représentation du modèle perceptif de l'objet réel (Peraya, 1995, p.127). Notons qu'il existe différentes modalités de cette représentation,  qui vont du dessin ombré au dessin stylisé en passant par la photographie. Des recherches ont montré que ces différentes modalités n'obtenaient pas le même taux de reconnaissance de l'objet représenté. Au vue de ces résultats, il semble intéressant de connaître le rapport entre les représentations matérielles et les représentations mentales, entre les images et le modèles mentaux. 

"L'activité de représentation est liée à la fonction symbolique, c'est-à-dire à cette forme de l'activité humaine qui consiste à produire des symboles..." (ibid., p.131). De ces symboles peuvent naître des représentation matérielle de type iconique, mais également des représentations cognitives. Ces représentations (objet matérielle ou produit cognitif) possèdent un certains nombre de fonctions, qui sont : 

    • la conservation de l'information amenée à se détériorer (photo familiale),
    • l'explication,
    • le guidage (plan urbain),
    • la systématisation d'un corpus (arbre généalogique),
    • la signalisation (code de la route),
    • ou encore la métaphore ou l'emblème.
La prochaine étape consiste à définir la forme ou les formes sous laquelle (ou lesquelles) ces représentations sont inscrites dans le système cognitif de l'individu. Selon toute vraisemblance, il existe deux systèmes de codage différenciés par deux modes de représentation symbolique. "Le premier englobe des systèmes de représentations mentales "analogiques", qui conservent donc les propriétés structurales des objets représentés -certes avec des variantes possibles dans le degré d'analogie- (ex. : le paratexte), et d'autres utilisant, quant à eux, des signes arbitraires (ex.: le texte)," (ibid., p.136). L'image est donc une forme de représentation dont le degré d'abstraction ne fait cependant pas perdre à la représentation son isomorphisme structural avec l'objet perçu (ibid., p.139). 

Dans le domaine de l'apprentissage, le schéma (terme le plus utilisé dans la littérature scientifique pour "représentation figurative"), a fait l'objet de nombreuses recherches. Deux orientations sont observables : la première considère le schéma comme une forme de représentation et de communication qui devient donc le centre de réflexion. Dans la seconde orientation, le schéma est considéré dans sa complémentarité avec le texte. Comme pour le paratexte, le schéma est un concept difficile à définir car les objets, les contextes et les références ne sont pas toujours les mêmes suivant les recherches. 

Malgré cela, plusieurs taxonomies (échelle d'iconicité) ont vue le jour, dont celle de Belisle* qui différencie les degrés d'iconicité suivant une fonction propre à chacun de ces degrés. Cette façon de procéder ne permet pas de dissocier réellement les deux variables que son la nature de l'icône et les fonctions de l'icône. Bien que ces deux variables soient corrélées, il convient de les distinguer.
L'auteur parvient tout de même à définir un certain nombre de caractéristiques fondamentales, propre au schéma : 
  • isoler certaines relations invariantes;
  • centrer l'attention sur l'essentiel;
  • assurer une médiation entre un concept abstrait et la constitution d'une image mentale de ce concept;
  • présenter simlutanément différents éléments essentiels;
  • alléger la charge mentale.
En guise de conclusion, l'auteur insiste sur le fait que l'appréhension et la compréhension des paratextes ne va pas de soi. Il conviendrait de prévoir une certaine éducation aux représentations visuelles pour que celles-ci soient, deviennent de véritables outils d'apprentissage. 
 

*(BELISLE, C. & JOUANNADE, G. (1988). La communication visuelle. Paris: Les éditions d'Organisation.)

 

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